" Ils ont créé le mythe des grands vins italiens. Angelo Gaja doit sa renommée à son interpretation de l’énergique nebbiolo de Barbaresco ; le marquis Incisa della Rocchetta a bâti la légende de son Sassicaia sur la force apaisée des cabernets de Bolgheri.
Si les grands vins italiens connaissent un tel succès à travers le monde, ils le doivent autant au potentiel de leurs terroirs qu’à la ténacité de domaines qui ont su, très tôt, valoriser le vignoble transalpin. Pour cette confrontation nous avons choisi le domaine d'Angelo gaja, célèbre producteur du Piémont, et deux cuvées de Barbaresco, le classique et le Sori Tildin, marqués par la forte personnalité du nebbiolo. Face à lui, le domaine San Guido situé à Bolgheri, sur le littoral toscan. Vignoble crée de toutes pièces au milieu du XXe siècle par le marquis Mario, il est aujourd’hui repris par son fils, Nicolo Incisa della Rocchetta. Leur goût pour le cabernet-sauvignon et le cabernet franc a donné naissance au vin le plus célèbre d’Italie : le «super-toscan» Sassicaia.
SORI, LE SOLEIL PIÉMONTAIS
Non loin de la ville d’Alba, le vignoble de Barbaresco est un terroir composé de roches marno-calcaires dont les sols sont assez uniformes. Adapté à un climat tempéré, le nebbiolo, cépage de maturité tardive, donne des vins tanniques. Angelo Gaya, et avant lui son père, ont très vite compris l’importance de l’exposition des vignes et des micro-climats sur la qualité des vins. «[…] Dans le piémont, Sori veut dire «ensoleillé». En regardant le sud, nos crus mûrissent mieux. C’est un atout avec le nebbiolo, cépage difficile» confie Angelo Gaja.
EN TOSCANE, FACE À LA MER
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Ici, sous un climat doux, le cabernet sauvignon, majoritaire dans l’assemblage de Sassicaia, et le cabernet franc ont trouvé face à la mer un terroir hospitalier. […] La clef de la réussite de ce vignoble toscan réside dans le choix des parcelles, ici très hétérogènes. […] En italien, Sassicaia, signifie «qui a beaucoup de cailloux», le terroir est donc de nature argilo graveleuse, mais renferme aussi du sable, proximité de la mer oblige.
PUCCINI OU VERDI ?
Vin aux tannins abondants, issus de petits rendements, les vins d’Angelo Gaja sont vinifiés avec dextérité. Ce brillant producteur sait en faire jaillir l’élégance sans que ce joyau transalpin ne perde la personnalité de son terroir. À son image, ses vins se montrent vifs, d’une énergie incroyable mais toujours d’une classe folle.
S’ils s’apaisent avec le temps, ils gardent en eux cette fougue des premiers jours tout en développant au fils des années, une complexité qui s’amplifie.
Et Sassicaia ? Marqué dans son profil par ces cépages dits internationaux, cet ancien vin de table devenu à lui seul une DOC (denominazione di origine controllata, l’AOC italienne), ce vin garde en lui cet accent toscan qui le singularise. Jamais puissant, toujours intense ans une forme élancée mais généreuse, il paraît parfais léger, mais les millésimes anciens nous confirment qu’il vieillit avec beaucoup de grâce. Si la vitalité définit d’entrée les vins de Gaja, Sassicaia se dévoile tout en douceur, mais sans jamais fléchir.
En musique, on dirait que le premier impose la Force du Destin dirigé par Arturo Toscanini, le Second Lucevan le Stelle dans la Tosca de Puccini, interprété par Pavarotti.
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textes et photo marquis Incisa della Rocchetta, Carlo Dossi, Angelo Gaja
de Roberto Petronio